Chapitre 3 : Découvrir la serbie

Chap 1 : partirChap 2 : Vers les balkans | Chap 3 : Découvrir la Serbie | Chap 4 : Un monde beau et moderne | Chap 5 : En terre musulmane

Découvrir la Serbie

Je rentre en Serbie avec cette même excitation qui précède chaque nouvelle découverte, chaque nouvelle aventure. Nous sommes le jeudi neuf avril et j’ai déjà parcouru environ 2000 kilomètre. Je traverse le pont qui enjambe la Drina marquant la frontière naturelle entre les deux pays, présente mes papiers et dix minutes plus tard, je donne mes premiers coups de pédale  dans la patrie de Vladimir Tadic, le président serbe. Je longe la rivière sur les premiers kilomètres, on me klaxone et me souhaite la bienvenue. C’est un peu tout le temps la même choses aux frontières, les gens sont sûrement habitués à être aimable avec les nouveaux venus. Pour cette première journée en Serbie, je décide de m’arrêter en ville, voir comment sont les gens, comment la vie se déroule, découvrir la différence avec la Bosnie. Loznica est sur la route. En entrant dans la ville je demande aux policier ou je pourrai trouver un hôtel bon marché. Ils me donnent le chemin à suivre, mais en serbe, c’est tout de suite plus compliqué. Je réussi à me perdre mais grâce à un gamin qui m’accompagne sur son vélo, je vais réussir à la trouver. Il m’a interpellé dans la rue.

-hej, quel est ton nom ?

- Bastien, je viens de France ! Tu saurais ou je peux trouver le « blue hotel » ?

-Non, aucune idée, je connais pas.

Puis, tout naturellement, il arrête un taxi et lui demande la direction.

Le taxi : « pas de problème, suis-moi, je t’accompagne »  Et nous voila parti pour l’hôtel. A chaque entrée dans un nouveau pays, je retire dès que possible de l’argent local, car bien évidemment, il me paraît inconcevable de payer en euros ou en dollars. Et comme les distributeurs de billets se trouvent dans chaque ville moyenne, c’est un jeu d’enfant. Après avoir déposé me affaires, je retourne en ville ou un attroupement avait lieu. C’était un meeting politique. En effet, c’est bientôt les élections législatives et les principaux candidats viennent soutenir leur poulain. Aujourd’hui, c’est Vladimir Tadic sur scène me dit le même policier qui m’a indiqué mon hôtel. Mais le meeting touche a sa fin et tout le monde remballe, pancarte et drapeaux. Je pars manger dans un des nombreux quioskes de rue qui proposent des hamburgers géants pour à peine un euros. Ce sont des sortes de kiosques à journaux, rond ou carrés où un grill et tout le matériel nécessaire est  installé. Je prends des frites avec.

Dimanche 13 avril. Je suis arrivé à Belgrade en trois jour. Dans mon auberge de jeunesse, Stanko, journaliste du quotidien Politika, m’interview sur le balcon. C’est le plus grand quotidien du pays, le plus reconnu. Il y a aussi un photographe qui l’accompagne. Une fois l’interview terminée, je pars me promener dans la ville. Je la connais déjà un peu, j’y suis venu l’année dernière et j’y avais apprécié son ambiance si particulière, si décontracté, ses habitants, aux terrasses des cafés ou dans les bars. La rue piétonne, « Ulica Knez Mihailova » entièrement pavée, est l’artère principale. Elle pourrait ressembler en tout point à nos rue commerçante françaises. Libraires, centre culturel français, anglais et Allemand magasins de vêtements et boutiques en tout genres se touche. Plusieurs marques internationales comme Mango, Zara, Springfield ou Nike sont présentes. Les belgradois s‘y donnent rendez-vous. Le soir, elle se noircit de monde, les tables de terrasses se remplissent et les verres se vident. Vers minuits, les discothèques se remplissent et on danse jusqu’au bout de la nuit. Belgrade et la Serbie en général a peu souffert de la guerre, comparativement à la Bosnie et Sarajevo, sa capitale, dont une grande partie des immeubles contient encore des traces de balles ou d’obus. La seul trace encore présente ici est un immeuble bombardé et laissé en l’état pour… Mais pourquoi au fait ? Est-ce pour montrer aux médias et au monde que la Serbie a bien été touché par la guerre ou est-ce en souvenir et en commémoration des morts ?

En me réveillant le lendemain, je reçois un mail de Stanko qui me dit de courir acheter le journal, car il y a une surprise. Je suis sur la couverture. Je descends dans le premier kioske à journaux et decouvre politika en première place. Ça fait bizarre de se voir comme ça, sans même avoir à tourner les pages. Je suis sur la même page que Tadic le président de la république. Il m’a un peu volé la vedette… mais je ne lui en veux pas.

Je pars de Belgrade après une journée de repos que j’estimais bien méritée. Sur la route, je me fais remarquer, on m’encourage. Sortir de la ville est finalement moins difficile que prévu. J’ai en effet toujours horreur de ces grandes villes avec beaucoup de circulation aux abords. Et c’est souvent difficile de s’orienter. Skapin, mon hôte slovène, m’avait conseillé Smederevo. Comme je ne suis qu’à une centaine de kilomètres, je mets cap sur la ville. Je longe le Danube. Il y a une toute nouvelle piste cyclable qui longe l’intégralité du Danube qui prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne et se jette dans la mer Noire en Roumanie. Lorsque j’arrive à Smederevo, Je reçois un sms d’une journaliste d’un autre journal national, « Glas », la voix du peuple. Elle s’appelle ivana et veux faire un reportage sur moi. Je pars faire un tour de la ville et me dirige vers le petit port. Un homme me fait signe. Il s’appelle Jovan. Il a aussi un vélo. Il m’a vu dans le journal du jour. Il m’offre un café que je m’empresse d’accepter car de toute façon, je dois attendre Ivana, ma journaliste de Belgrade. Elle arrive avec un chauffeur et un photographe. Je me demande ce que j’ai bien pu faire pour mériter tout ça… Je réponds aux questions, prend des photos au bord de la rivière et des ruines. Le feeling passe parfaitement, nous nous reverrons un jour. Je reprend le vélo pour la télévision régionale et locale. Une grosse journée presse. Jovan m’invite chez lui pour la nuit. C’est un ancien patron de discothèque. Aujourd’hui il a transformé sa maison en caverne d’ali-baba pour cycliste. C’est un vrai magasin de pièces détachées et de vélos neufs haut de gamme.

Je pars le lendemain sous une pluie battante en direction de Podzarevac, la ville de naissance de Slobodan Milosevic, fameux dictateur de la guerre des Balkans. Triste mémoire pour cette ville. Il est intéressant de noter que Slobodan, veut dire libre.

Les Serbes sont des fous du volant. Sur ma route départementale, j’ai la frousse de ma vie. Les camions me frôlent, me touchent presque. La pluie n’arrange rien et les bas cotés sont glissants comme une patinoire. J’essaye de m’échapper sur un chemin de côté, mais il ne mène nulle part, tout juste a une usine de gravier. Je me jette littéralement sur le bas-côté à plusieurs reprises pour éviter de me faire écraser. Pendant ces vingt kilomètres, je me demande si je ne suis pas sur le périphérique parisien à l’heure de pointe. Je vois sur le coté des plaques commémoratives de personnes mortes sur la route. L’apothéose, c’est le pont ou la barrière est défoncée à deux endroits et trois photos de morts. J’ai peur… On dirait que les chauffeurs font exprès de ne pas me voir. Au lieu d’aller à Pozarevac, je bifurque sur ma droite dès que possible. Ouf, sain et sauf !

Je revis sur la route de Silvijnac que j’atteins en fin d’après-midi. C’est une ville typiquement serbe avec un centre-ville piéton sans voiture. Mais il y a peu d’âme ici. Il y a un office de tourisme dans le centre commercial, j’aimerai qu’ils me renseigne sur un endroit ou je peux dormir. Bien sur, il y a des milliers d’endroits dans la campagne ou je pourrais dormir, mais j’ai envie de rencontrer des Serbes, de connaître mieux le pays et leur culture. Alors, je me force a trouver une solution dans certaines villes. Les deux hôtels de la ville sont beaucoup trop cher pour mon budget alors je reviens au centre ville où Nenad, un serbo-canadien, m’avait renseigné. Une ronde se forme autour de moi. Voyant que les hôtels sont trop chers, une femme me propose de dormir chez elle, mais elle doit appeler son mari auparavant. Il a sans doute peur que je lui fasse concurrence car il refuse. Nenad me propose alors de dormir dans son café. Le gardien de nuit veillera sur moi. Parfois, je ne sais pas pourquoi je m’obstine à vouloir rencontrer absolument des gens alors que je pourrai être installé tranquillement dans ma tente. Cette envie d’apprendre peut-être !

Je vois arriver mon compagnon de nuité, le gardien. Il n’a pas l’air très aimable, il parle peu. Il faut dire que je vais le déranger toute la nuit en dormant par terre. À huit heures, le café ferme, le veilleur de nuit arrive et branche la télévision. Il commence par les résultats des paris sportif puis du Lotto au Teletexte. Il a perdu… Ce n’est pas ce soir que je vais passer une bonne nuit.

Le lendemain, apres une nuit d’environ trois heures Nenad et son père, Mile, serbo-canadien lui aussi veulent m’emmener faire un tour de la ville. Ils en profitent pour me présenter au journal local. Ils veulent faire une interview. Ça n’arrête pas ces derniers jours. Plus tu es connus, plus les gens veulent te connaître, et inversement….

Ce matin avec Nenad, nous parlons politique. Je lui demande ce qu’il pense de la situation au Kosovo qui vient juste de proclamer son indépendance dans le sang le 17 février 2008. Des batailles féroces ont fait rage et des corps sont tombés. Et la question n’est toujours pas réglé au moment ou je traverse la région. Pour Nenad ainsi que pour une majorité de serbes, « le kosovo est une grosse perte » car « c’est son cœur, ses entrailles. c’est par le kosovo que la Serbie a été formé. Mais tout a basculé avec Tito puis les Américains » C’est pour cela que ces derniers ne sont pas en terrain conquis ici. Des radicaux ont d’ailleurs brûlé l’ambassade américaine à Belgrade avant mon départ. Récemment, les élections présidentielles ont vu le candidat pro-europe et « le moins opposé » à un kosovo indépendant, Vladimir Tadic, l’emporter mais la question kosovar fait toujours débat parmi le peuple. Il divise. Un journaliste me donne d’ailleurs un Tee-shirt propagande « Kosovo is serbia» « kosovo egal serbie ». Passant a 5 kilomètre de la région, je le cache bien au fond de mes bagages. Les radicaux ne me le pardonnerait pas. Il faut savoir se montrer discret quand nécessaire.

Nous parlons aussi des relations franco-serbes. Ils ne nous aiment pas. Et ce pour une raison simple : Beaucoup d’habitants sont allés combattre à nos cotés pendant la deuxième guerre mondiale, et beaucoup sont morts. En retour, nous ne leur avons donné aucune reconnaissance. L’orgueil du Français sans doute. Depuis ce jour, les relations sont tendues, on n’efface pas des morts et surtout une attitude arrogante d’un revers de la main, d’un match de foot ou d’une visite présidentielle. D’ailleurs, il n’y a pas eu beaucoup de mobilisation européenne lors des dernières élections présidentielles de 2008 dans lesquelles les Serbes se sont véritablement mouillés pour un rapprochement avec l’Europe. Et encore une fois, nous n’avons pas tendu la main.

Les beaux jours sont de retour. La route est plate et je roule presque sans effort. Mes moyennes quotidiennes de cent kilomètres demandent peu d’effort à mon corps. Et je ne suis presque pas fatigué en arrivant à mon étape du jour. Au fur et a mesure que j’avance dans le pays, je me rend compte que partout ou je vais, la question du Kosovo prend une importance fondamental, bien plus que ce que je m’imaginais. C’est un vrai traumatisme dans la région. Tout le monde est marqué, voir choqué. Les habitants ont très mal vécu cette indépendance par la force et la non-réaction du gouvernement. Ce n’est donc pas uniquement une raison pour manifester ou se défouler, mais cela vient réellement des tripes et du cœur.

Alexander, le serveur du bar de « Paracin » dans lequel je prends un café m’approche. Il parle un bon Anglais et est curieux de ce que j’écris dans mon cahier. Il a un rêve. Il existe une usine de chocolat dans la ville mais aucun champ de noisettes. Ils les importent de loin. Il rêve donc de créer sa plantation. Il faudrait à alexsander entre 6000 et 10000 euros pour se lancer. Mais il n’a pas l’argent alors il continue de travailler comme barman. Il connaît tout le monde ici et aimerait bien changer de travail, mais en Serbie non plus, il n’y a pas pléthore de choix. À la fin de son service, nous partons dans un bar jouer aux fléchettes et boire de la bière avec ses amis et oublier sa vie qu’il n’aime pas mais dont il ne semble pas pouvoir changer, ou vouloir changer, je ne sais pas trop. C’est facile de notre position de riches européens de porter des jugements…

Je suis la route nationale depuis quelques jours déjà. C’est un lieu de vie extraordinaire avec des supermarchés, des restaurants, des usines en tout genre. Je croise de plus en plus de charrettes tirées par tracteurs, chevaux ou ânes. Voitures, scooters, charrettes se livrent a un ballet urbain incroyables évitant le trous et les bosses sur cette  voie qui n’a de route que le nom. Et je zigzague aussi au milieu de cette  pagaille géante… Mais j’en ai marre, fatigué de tout ce monde de toute cette circulation infernale. Ce n’est pas le physique qui flanche mais le manque de véritable rencontre et une baisse de moral. Je bifurque donc sur Sokobanja. Je parcours une vingtaine de kilomètres, le moment où un chauffeur poids lourd e brise les jambes.

- Ta carte est fausse, i n’y a pas de route pour aller a Sokobanja. Il faut que tu retourne sur la voie principale.

Il faut que j’aille voir, être vraiment sur. De toute façon, je ne veux pas faire demi-tour. Un peu plus loin ça se confirme. Il me faut passer par Razaj et faire un grand détour pour rien. Je ne voulais pas aller à tout prix a sokobanja, mais juste éviter la route principale. Le chemin que j’ai devant moi me le confirme, impossible de passer.

Je suis en train de redescendre dans le village de Podgorac lorsqu’une Opel noire s’arrête à ma hauteur. Zoran ouvre sa fenêtre et me demande ce que je fais. Il m’invite à boire un café chez lui. Il habite une ferme à deux kilomètres d’ici. Je le suis. Il y a deux bâtiments. Nous montons dans le bâtiment de gauche et arrivons dans une petite salle avec un ordinateur vieux de dix ans et un canapé. Sa sœur, Dijana, arrive et nous sert le café, ainsi que du miel que l’on trempe à la cuillère dans un verre d’eau. Je suis toujours étonné du rôle des femmes qui doivent servir sans broncher. Elles servent les hommes, mais ne mangent pas en même temps qu’eux. Ça ne semble même pas les déranger. La tradition, l’habitude sans doute. D’ailleurs Zoran et Dijana sont très proches ce qui n’empêche pas Dijana de jouer son rôle. Malgré la difficulté à se comprendre, le courrant passe tout de suite. Je remercie tous les jours mon guide de conversation, je ne pourrai pas apprécier toutes ces rencontres sans guide. Le langage des signes ne marche qu’un temps. Mais il a un inconvénient tout de même, car voyant que je parle quelques mots de serbes, Zoran me parle à toute allure et je ne comprends rien. Je lui rappelle tout le temps de parler moins vite « polaco, polaco ». Mon hôte a vingt-six ans, il a créé son entreprise de vente de matériel agricole qu’il fabrique lui-même, ce sont des machines robustes qu’il me présente sur un petit dépliant très rustique. Il a aussi une ferme qui lui permet de se nourrir. Poules, farines, légumes, poivrons, tomates… Tout ce qui est sur la table est fait maisons me dit-il fièrement. «  Made in Podgorac ». C’est grâce à cela que toute la famille arrive à vivre, car c’est à la fois bien plus cher d’acheter des produits dans les magasins mais aussi bien moins bon. La farine se déclin en pain, beignet sucré ou galette salé. Il a aussi son propre Zoo avec quelque animaux, avec ses chiens de concours, des paons, et des coqs. Il en est très fier, c’est son hobby, d’ailleurs son regard s’illumine quand il en parle. Il m’annonce leur classe « Celui la vient d’une classe supérieure… Celui la d’une classe royale … »

En Serbie, la religion joue un rôle important et la majorité des Serbes sont orthodoxes. Une autre partie est musulmane. Il veut savoir ma religion. Moi qui ne suis pas croyant, je luis répond catholique, ma religion quand j’étais plus jeune.  Je m’aperçois en effet qu’il vaut mieux avoir une religion une religion que pas du tout si on ne veut pas rentrer dans une polémique à n’en plus finir.

Tu n’a pas de religion ? Pourquoi, comment ça se fait ? Tu as forcément une religion, et les questions peuvent continuer longtemps. La religion catholique est assez neutre donc passe-partout. Ça m’arrange.

Zoran veut me montrer le monastère orthodoxe de la région. Nous y allons en voiture. Plusieurs hommes sont affairé à sa rénovation. Cela ressemble à une maison en terre blanche avec des poutres en bois de couleur marron. Il y a une grande salle en bas qui accueillent des camps de vacance durant l’été. Le haut est composé de petites pièces en reconstruction.

Lorsque l’on rentre, le grand-père de Zoran, inquiet d’éventuel problème avec la police est aller les prévenir de ma venue. Ils débarquent dans la cour. Petit moment de panique. Que faire ? même les policiers ne savent pas… Je rasure tout le monde, montre mon passeport et prouve que je suis en règle. Il n’est en effet pas obligé de se déclarer à la police. Le grand-père est rassuré, mes hotes aussi. Nous allons pouvoir passer une bonne soirée.

Nous partons faire la tournée des amis. Nous commençons par un très bon ami à lui. Je suis surpris en arrivant dans la maison d’un grand-père de soixante ans. Je me demande bien pourquoi Zoran n’as pas des amis de son age. Apres deux café et trois verres de « Na eks », le soda regional, nous partons dans une seconde maison ou on me ressert du café et du « Na eks ». C’est que je commence à avoir faim et plus très soif… Je suis rapidement la vedette ici. Une dame assise en face de moi me regarde curieusement. Elle me fait des clins d’oeil. Elle à sourire de film d’horreur qui ne me donne pas vraiment envie. Mais elle continue, elle sourit, tourne sa langue, puis me propose ses deux filles en mariage. Nous irions en France et nous aurions des enfants. Que faut-il répondre dans ces moments-là ? Le temps semble très long d’un coup car elle insiste et tout le monde s’y met. Alors je me retranche derrière le vocabulaire et  leur dis que je ne comprends pas. Mais on me traduit. Me voilà vraiment mal. J’essaye de noyer le poisson dans la marre en leur répétant que je ne comprends pas puis que je ne peux pas décider sans les avoir vues. Après un moment, elle se calme enfin. Mais je me pose une question : Qu’aurait-elle fait si j’avais dit oui ? Finalement, je ne préfère ne pas le savoir… Pour calmer les esprits, nous reprenons du « na eks »

Zoran m’emmène ensuite dans la maison de sa tante. Elle est en peignoir de bain et parle quelques mots d’anglais ce qui soulage beaucoup mon mal de tête grandissant. Cette maison, contrairement aux dernières fermes où nous nous sommes arrêtés, est très classique, de style européen. Mais le « Na Eks » me rappelle que l’on est en Serbie. La nouvelle de ma venue se repend rapidement dans le village et le téléphone n’arrête pas de sonner. Son mari aimerait venir, mais il travaille. Zlatko, un ami de la famille arrive. Il a travaillé six mois en écosse. Il avait un visa et il est parti car sa famille lui manquait. Maintenant, il cherche un autre visa, mais il n’y arrive pas. De toute façon, il n’a pas envie d’y rester toute sa vie, car sa famille est trop importante et il ne peux pas la quitter pour toujours. Nous repartons vers une dernière maison. Je suis fatigué, avoir parlé à tout ce monde m’a donné une migraine et je n’ai toujours rien mangé. Zoran veut me faire rencontrer mon sosie. C’est ce qu’il me dit. Mais je n’ai plus la force de parler, et comme il y a du gâteau, je mange. Pourtant sa chambre est sûrement le seul espace informatique du village, télévision sur l’ordinateur nouvelle génération, écran plat, téléphone portable, enceinte. C’est bien la dernière chose à laquelle je m’attendais dans ce village. Mais la fracture Internet est présente et le village n’est pas connecté. Le téléphone sonne. Sauvé ! On doit rentrer dîner. Sa mère nous apporte à dîner des que nous sommes a table. Je n’arrive toujours pas a me faire a l’idée que les femmes nous servent et nous regardent manger.

Le lendemain matin, on me dit de m’asseoir pour le petit-déjeuner. Ici, j’aurai beaucoup manger, mais uniquement des produits de la ferme avec l’inévitable soda « Na Eks » Ce matin, ce sont des beignets a la confiture ainsi que des galettes au sucre. Je mange jusqu’à plus faim car tout est très bon. Dijana me montre son album photo, elle insiste sur les photos d’elle en tenue courte et sexy et m’en donne une en souvenir.

Je leur fais me adieux à onze heure après avoir engluti le dejeuner, du poulet au poivron et des piments farcis. Il me faut des forces me disent-il. Ça tombe bien, Je ne refuse jamais de la bonne nourriture.

Pédaler sur la route nationale n’est vraiment pas ce que je préfère, seul les Burek à la viande et les Cevapi me donnent un peu de bonheur. Dès que je peux m’écarter de cette route infernale, je m’y engouffre. C’est ce que je fais après Leskovac. Je longe une petite rivière dans la vallée. Je vais à un bon rythme sans même sentir l’effort. Alors que je traverse Mirosevce vers quatre heure de l’après-midi, je croise un magasin d’alimentation tout en un, à la fois, bars, tabac, presse et supermarché. Ces épiceries sont toutes construites de façon similaire avec des bancs à bois à l’extérieur faisant office de terrasse. Je m’arrête pour boire un bon coca-cola, la boisson du cycliste. Novica est assis à l’intérieur sur une caisse de bière. C’est un grand gaillard musclé de plus de cent kilo et de deux mètres. Il vivait auparavant en Suède, c’est là-bas qu’il a appris l’Anglais… Il m’offre une bière, une « Jelen pivo », du saucisson et des cornichons. J’accepte. Et une deuxième bière… Et une troisième… Je m’aperçois trop tard qu’il avait déjà du en boire quelques unes avant mon intrusion. Il commence à être bien éméché. Le problème, c’est que j’ai déjà accepté de manger et de dormir chez lui. Il parlait un bon Anglais et me paraissait intelligent. Pour l’instant, ça va encore, je ne me fais pas trop de soucis. Il me conduit chez une amie. Les verres de rakija se vident rapidement et ils commencent a flirter ensemble, puis a se toucher. Elle est gênée. Et lui commence à être plus que saoul, mais il continue en musique. J’assiste à un spectacle que je n’arrive pas à qualifier. Un homme ivre de cinquante ans avec une femme veuve, qui en paraît soixante et autant apetissante qu’un mammouth, se tripotant sur de la musique serbe, quel bonheur… Peu après s’être enfilé quelques verres de plus, mon soi-disant hôte me dit que nous allons dormir dans le même lit. Il est déjà tard et il fait nuit noire. C’est en train de mal tourné cette histoire. Elle le remarque aussi et me dit de dormir ici. Je veux m’en aller mais il me bloque la sortie. Il m’a dit être ceinture noire de karaté et vu son physique, je le soupçonnais d’être dans la sécurité. C’est un de ces physiques peu dessinés mais extrêmement fort. Bref, difficile de faire le poids, il faut ruser. Alors, je calme le jeu. À un instant, il part aux toilettes et j’en profite pour déguerpir au plus vite. Je prends mon vélo, mes affaires et file dans la nuit. Je repasse devant le bar de cet après-midi et leur explique, il se marre, me dise qu’il a trop bu et me montre leur téléphone portable avec des extrais de film porno. Mais dans quelle ville je suis ? Je mets ma lampe frontale, et pédale à toute vitesse dans la nuit. Une dizaine de kilomètres après, la distance que j’estime raisonnable pour ne pas être retrouvé, je plante ma tente dans un champ abandonné. Il est neuf heure du soir. Je l’ai échappé belle.

Lundi 21 avril : Dans la précipitation de la veille, j’ai pris la route de droite, celle qui longe la rivière. C’est la moins passante, mais je n’ai aucune envie de faire demi-tour pour me faire repérer. L’embranchement se trouve à Mirosevce et je n’y ai pas que des bons souvenirs. Je continue donc. J’arrive rapidement à un barrage. Il est interdit de prendre des photos et même de s’approcher. Des montagnes l’entourent de tous les cotés. C’est un grand bassin avec une île en son centre et un centre de contrôle sur la gauche. Il est tenu par la police.Une route passe sur le barrage. Mais il n’y a plus de route ensuite. Je vais prendre des renseignements chez les policiers. J’ai deux choix, soit je prends  le chemin de terre sur la droite puis tout droit, soit je prends à gauche le chemin de terre et de gravier et c’est le début d’un grand labyrinthe que je devrais résoudre si je ne me perds pas avant selon le garde. Je prends sur la droite. Mais après deux cents mètres, la boue m’arrête définitivement. Je ne peux pas porter le vélo sur des dizaines de kilomètres. La boue s’agglutine dans les garde-boue et tourne les roues devient impossible. Je fais demi-tour et prends sur la gauche. La route s’élève. J’ai l’impression d’être au milieu de nulle part. J’ai bien une route sur ma carte, mais qui ne correspond absolument pas à ce que j’ai en face de moi. Pourtant ces premiers mois m’ont appris à ne pas paniquer. Tant qu’il y a des hommes, il y a de la vie.  Et je trouverai bien un petit chemin où me faufiler. D’ailleurs un tracteur me dépasse. Ils s’arrêtent, il veulent mettre mettre vélo dans la remorque. Je refuse. Ils ne comprennent pas et me redemandent. Je refuse gentiment. Je ne suis pas venu ici en plein nature pour ne pas profiter du calme, du grand air, et de ce merveilleux paysage serbes avec des petits chemins de terres, des champs d’herbes, des arbres et de rivières. J’aime me sentir libre, et sur ce petit chemin, je suis un homme libre. Je pédale au gré de mes envies et des intersections. En haut de la cote, je croise des hommes en train de discuter, et comme je suis encore indécis pour cette nouvelle intersection, je leur demande leur avis. On s’interroge sur mon cas, on discute quelle route est la meilleure pour mon velo. Pour les plus jeunes, la droite est le chemin à prendre, et bien qu’il ne l’aient jamais pris entièrement, ça devrait passer. Ca tombe bien, c’est la route qui suit la rivière. Mais un petit vieux avec sa canne, assis dans la voiture, me dit que c’est dangereux. « Opasan, opasan ». Mais la route de gauche ne mène pas loin non plus. Comme je ne comprends pas grand-chose à tout ça, je prends sur la droite. Je pédale sur un chemin de terre au milieu de la forêt. Je n’ai aucune idée d’où je suis. À L’intuition, je prends à gauche au nouveau croisement, de toute façon l’une ou l’autre doivent amener au même point final, il ne doit pas y avoir cinq routes non plus. Il y a la forêt sur la gauche et la rivière en contrebas. Je me persuade d’être dans la bonne direction. Je suis un sentier pendant plusieurs kilomètres, poussant par instant ma monture, ou la retenant dans une trop grande descente et comme par miracle tombe sur une petite ferme qui n’a pas l’air abandonnée. Des agriculteurs labourent un champs au milieu d’une prairie.

-          « Tu as bien vu que tu n’étais pas perdu, Bastien » je me répète à moi-même !

Je demande mon chemin. Il y a un jeune sur un tracteur.

-          Qu’est ce que tu viens faire ici ? tu es perdu ?

-          Je voudrais aller a vranje, mais je suis un peu perdu

-          Je connais. C’est par ici. Tu vas croiser une rivière et tu reste sur la gauche. Mais c’est difficile.

-          Merci

-          J’ai appris un peu l’Anglais à l’école, mais j’ai tout oublié,  je suis vraiment désolé.

-          C’est moi qui ne parle pas Serbe, c’est a moi de m’excuser, pa a toi…

Il s’excuse de ne pas parler anglais. Encore une différence de mentalité… Je prends des leçons de vie tous les jours et surtout au milieu de nulle part.

Je commence par descendre une route trop pentue pour pouvoir la remonter. La route est sèche et caillouteuse. Je dépasse de tortues à mon émerveillement. Puis, comme prévu je croise une rivière. Je n’ai pas vu de voiture depuis le haut de la première cote, il y a trois heures. C’est normal, seuls les tracteurs semblent pouvoir passer. La route devient trop glissante et trop abrupte. Je retrouve ma rivière sur ma droite et pousse un ouf de soulagement. Les montées et descentes s’enchaînent comme des montagnes russes., mais je n’arrive pas a les monter sur la selle. Je me mets a coté du vélo, prend le maximum d’élan possible dans la descente précédente et pousse de toutes mes forces pour atteindre le sommet de la bosse. C’est assez court, une vingtaine de mettre, mais la pente est à plus de 35 pourcent et qui plus est, très glissant. Je dois m’y reprendre à deux ou trois fois pour franchir certaines cotes. La fatigue commence à se faire sentir car je n’ai plus de sucre à manger et aucune envie de me cuisiner des pâtes a ce moment. Alors je pousse de toutes mes forces sur ces bosses. Cela dure au moins deux heures. Puis, d’un coup, j’aperçois sur la droite une immense chute d’eau. Je m’arrête pour les contempler. La rivière s’élargit et se laisse tomber sur plusieurs dizaines de mètre de haut. Une immense chute d’eau rugit. Le bruit de l’eau qui s’écrase éveille mes sens. Elle doit être large de cinquante mètres. Elle aimante tout le paysage. Tout se tourne vers elle malgré qu’elle soit caché par les arbres. Comment regretter d’avoir pris cette route quand un tel paysage, une telle nature sauvage se dresse devant vous ? Même en ayant faim, je jubile intérieurement et retrouve des forces. Les couleurs jaunes et vertes de la forêt rayonnent, les arbres bourgeonnent. Les oiseaux chantent. La route redevient plate et je peux me remettre en selle et avancer, ce qui tombe bien car je commence à être en hypoglycémie et le soleil me tape sur la tête. Quelques kilomètres après, je découvre un pont en construction. Seuls piétons et vélo peuvent passer. Pas les voitures. Sauf si leurs conducteurs veulent s’aventurer dans la rivière… Et perdre leur moyen de locomotion.

De l’autre côté du pont, il y a une route, avec du goudron. Le bonheur simple… et un petit hameau avec deux maisons. Un homme  me demande d’où j’arrive. Il n’en revient pas que je sois passé par ici. Ce n’est pas possible pour lui. Je remplis mes bouteilles d’eau, me repose dix minutes pour récupérer quelques force et pars vers le « Golemo Selo », indiqué sur ma carte. D’ailleurs, je ne sais pas si je dois la maudire ou la remercier. D’un côté le chemin a été éprouvant et d’un autre, j’ai été au plus proche de la nature, perdu, mais heureux d’avoir réussi. A golemo selo, je m’arrête dans une épicerie. Il y a des bancs a l’extérieur et des parasol pour me protéger de l’ombre. Je suis tellement fatigué que je prends deux soda et deux glaces. Je revis.

Le Kosovo se dévoile sur ma droite. Des gigantesques convois de chars me croisent. Il y a une petite route qui rejoint le territoire nouvellement indépendant, mais la sécurité n’est toujours pas au beau fixe. En regardant ma carte, je ne dois pas être a plus de cinq kilomètre du Kosovo. Mais je ne vois pas d’intérêt a y allé. On m’en a parlé. C’est très pauvre, les habitants sont dans une période critique. Pourquoi aller les troubler. Pour se vanter d’y être passé ? Pour du sensationnalisme ? Je continue tout droit et laisse le Kosovo aux medias professionnels. Mais il était dit que je n’atteindrais pas Vranje si facilement. Je suis toujours dans les montagnes couvertes de fleurs en bourgeons jaunes. Cette odeur d’herbe sèche, de fleurs et d’arbres m’émoustille les papilles. Les oiseaux sont de nouveaux de la partie et chantent à tue-tête. Cela monte pendant plus de deux heures et mon rythme s’effondre. Vivement que j’arrive. Au sommet de la cote, se dresse devant moi tout le panorama de la région de Vranje ainsi qu’une partie de la macédoine. Toute cette vie me réjouie et je lance mon vélo sur la descente a vingt-deux pourcent sur dix kilomètres. Le panneau qui indique le pourcentage est criblé de balle de fusil. Bel accueil….

Lorsque je pose mes bagages dans un petit hôtel de la ville de vranje, j’entends un tintamare sur la place principale. Ils ont meme coupé la route. Boris tadic, pro-europeen, qui vient d’être réélu à la présidence du pays s’adresse à la population. Il a battu le candidat pro-russe et contre l’indépendance du Kosovo, monsieur Kostunica.  Je n’arrive pas à distinguer si la foule est venu pour militer ou pour s’informer. Il faut dire que la place géographique qu’occupe Vranje est intéressante, à quelques kilomètres seulement du Kosovo.  Ce discours revêt un enjeu important pour conquérir les régions sensibles proche du kosovo. Certains crient contre le président certains applaudissent mais ce n’est pas la liesse des grands meetings que l’on voit à la télévision. Les applaudissements ne clôturent pas la fin du discours comme d’accoutumé, on reste sceptique. On sait bien que la politique ne réglera pas tout. Ça a souvent été une source de problème dans les Balkans et cela semble perdurer.  Mes passages dans les journaux ont donné un peu de gaîté dans ce grand cirque électoral. Quelques minutes plus tard, on retourne à ces occupations. Je m’assois à la terrasse d’un café prendre un repos bien mérité.

Mardi 22 avril. En partant de Vranje, je sais que ce sont mes derniers kilomètres en Serbie. Mon esprit est confus, et je ne sais pas ce que je dois penser de ce pays. Je n’ai pas ressenti les mêmes émotions qu’en Bosnie. Les habitants me sont apparus moins ouvert, moins généreux, moins simple. La Serbie est un pays plus riche, est-ce un élément de réponse ?

Sur la petite route qui m’emmène en Macédoine, je rencontre Miroslav, un cyclotouriste serbe de Vranje. Il se propose de m’accompagner en macédoine, mais doit repasser chez lui ce qui me ferait attendre deux jours. Mais je suis déjà de l’autre coté de la frontière, mon esprit n’est plus ici. Je veux découvrir un autre pays. Et la frontière n’est plus qu’à sept kilomètres. Alors je continue, mais quelque chose ne va pas. À ma hauteur, sur une route parallèle à la mienne, je vois une sorte de grosse station d’essence. Mon Gps indique que je suis en Madecoine. Et je la vois, cette station, s’éloigner. Je suis sur une route pour les locaux, sûrement les travailleurs afin de leur éviter les tracas administratifs des douanes. Un petit tas de foins d’une dizaine de centimètres de hauteur marquait en fait la frontière symbolique et je n’en m’étais pas rendu compte. Comme je dois faire temponner mon passeport pour etre en regle, il ne vaut mieux pas que je suis cette route. Je fais demi-tour, coupe à travers champs et atteint la route officielle que j’ai dû manquer un peu auparavant. La station d’essence n’était pas remplie de fioul mais de douaniers.

Comme depuis chaque passage de frontière, tout le monde est gentil avec moi, même s’ils sont un peu surpris au moment où ils lèvent la tête de leur papier pour prendre mon passeport de voir une bicyclette à la place d’une voiture ou d’un camion. À chaque fois, je passe devant la file de camions et de voiture. Ce sont même eux qui m’y invite. D’ailleurs, j’aime bien ce moment. C’est une petite parenthèse de gaîté dans un quotidien souvent trop austère, je vois les sourires sur les lèvres. La douanière se propose pour être ma septième sacoche. J’accepte. Elle se marre. Je suis en macédoine.

Je n’ai que dix kilomètres d’autoroutes déserte pour arriver à Kumanovo, la deuxième ville du pays avec plus de 100 000 habitants dans ce pays qui en compte deux millions. À quelques kilomètres du centre ville, les charrettes tractées par des chevaux se bousculent, il y en a presque autant que de voitures. Les odeurs de chevaux et de foin se mélange. Il n’y a pas d’université donc peu de jeune, contrairement à Skopje, la capitale, Stip, ou Tetovo. Le royaume actuel de macédoine à une histoire compliqué. Elle est issue de la fragmentation de l’empire yougoslave. Mais lors de l’Antiquité et D’Alexandre le grand, le royaume de macédoine regroupait trois régions : la macédoine actuelle, un peu de Bulgarie et une partie de la Grèce. D’ailleurs ce nom Macédoine comme état totalement slave à fait grincé les dents helvètes qui revendiquent cette appellation. Pour eux, la Macédoine historique n’a jamais appartenu à la tribu slave et Alexandre le grand était de langue grecque. La communauté internationale ne reconnaît de ce fait que le nom de FYROM, ancienne République yougoslave de Macédoine.

très vite, on me met aussi au courant des problèmes ethniques. Les Serbes, présents à Koumanovo, ne sont pas les bienvenus à Tetovo, coté albanais. C’est dangereux pour eux. Un Serbe, voulant aller dans la ville d’Orhid, au bord d’un magnifique lac, choisira la route la plus longue contournant la partie albanaise. Et si j’y vais, il ne faut pas dire que je viens de traverser le pays, ça serait dangereux. Mais je ne suis pas concerné et me sens en totale sécurité dans ce pays. Le statut de touriste sûrement, de plus dans une ville où très peu de touriste viennent se perdre. Il n’y a pas grand-chose à faire. Koumanovo est une ville assez pauvre. Un petit marché de fruit, un nombre impressionnant de magasin de téléphone portable, quelques magasins de vêtements, une place piétonne, des cafés, un pub, des restaurants et des vieilles charrues. Les rues sont pleines de poussières. Je pars manger dans une petite échoppe un burek. Un yaourt l’accompagne. Un garçon de mon age, mangeant sur une table à côté de demande  dans un Anglais hésitant.

- D’où viens-tu ?

- Je suis français.

I me sourit, je suis le bienvenu. Ici les Français sont appréciés. Je lui raconte ma petite histoire. Nous échangeons quelques mots. Puis, il se lève paye son repas et me dit au revoir. Le serveur débarrasse sa table et viens me voir.

- Il a payé pour toi

J’en reste bouche bée. Je ne comprends toujours pas. Il ne m’a même rien dit. Juste au revoir et je n’ai même pas pu le remercier. Il ne cherchait pas la reconnaissance ni les mercis. Il a payé car ça lui a fait plaisir. Je n’en reviens pas. Et j’apprends tous les jours à l’école de la vie.

Le marché aux fruits et aux légumes est rempli de pommes. Petite et assez vilaines, je n’ai plus l’habitude dès ces fruits sans traitement. J‘ai appris à aimer les fruits parfait, mais ici, ça ne se trouve pas.  Alors, je modifie mon palais et mes sens. À quatre heure de l’après-midi, le marché ferme ses grilles. La place principale prend le relais. Elle est piétonne. Il y a un bassin rectangulaire et une fontaine au milieu. Les habitants s’assoient sur les rebords et sur les bancs. Les filles macédoniennes ont une beauté naturelle sans artifice, sans vulgarité. Elles portent des tenues assez saillantes. Je vois des hauts talons.  Dans les vitrines, des tenues sexy attire le chaland. La place est calme, je pars me coucher vers les dix heures du soir. Je dois être en forme pour la traversé du pays.

La langue macédonienne est assez proche de la langue croate, en tout cas pour les rudiments que je connais. La langue est le principal problème que j’ai depuis mon départ. Il m’est difficile d’avoir une vraie conversation et quand je vais au restaurant, je choisis souvent les mêmes plats de peur de ne pas aimer. Je n’aime pas les légumes chauds, ni le lait et d’autres subtilité de la cuisine mondiale comme le maïs. Ça limite le choix. Mes premiers tours de roues en Macédoine me conduisent entre les montagnes au loin. Des grands champs d’herbes et de blé jaune entourent la route et une rivière asséchée me tient compagnie. Dans le village de « svité Nikolé », je fais une halte provision. Je dois me reconstituer des réserves de nourriture pour les deux ou trois prochains jours. Je trouve une épicerie. Les enfants se précipitent pour regarder la bicyclette, mais restent distants, poliment. J’achète des saucisses, et des pâtes. Un vrai festin en préparation. Je me perds sur les sentiers en roulant vers Stip. En voulant m’éloigner de la route principale, j’ai atterri au milieu de village sans issue. Je ne sais pas pourquoi mais la situation devient un peu tendue quand je demande ma direction. Des enfants voyant le riche touriste aurait bien aimé me dérober du matériel. Les adultes calment la situation aussi rapidement qu’elle est apparue. Ils me remettent sur le bon chemin et la route goudronnée.

Sur ma droite, un village d’une dizaine de maisons est perché au bas de la colline. Il se nome Krivi Dol Ses hauteurs feraient un endroit idéal pour passer la nuit et terminer l’après-midi car il fait beau et j’ai déjà parcouru cent kilomètre. Je grimpe la cote et me retrouve face à des barbelés, une forteresse et des miradors. Une réserve de l’armée ? ne voulant pas prendre de risque inutile, je m’éloigne un peu et trouve un champs avec vue sur les hauteurs. Ça sera mon campement pour la nuit. D’un coup, j’entends le bruit. Dimitar laboure son champ sur un tracteur anglais. Je l’intercepte pour lui demander si je peux dormir ici.

-Est-ce que je peux dormir ici ?

- Bien sûr, las bas, c’est bien tu as la vue et tu es protégé du vent.

Je sort mon dictionnaire pour pouvoir discuter. Dimitar est un homme curieux, dans le bon sens du terme. Il n’a pas souvent vu d’étranger, la conversation s’engage donc rapidement. Il prend mon guide pour le feuilleter et commence a me poser un tas de question. Il a laissé son moteur tourner et est maintenant assis en tailleur dans l’herbe en train de composer des phrases avec le dictionnaire. Il a les yeux qui brillent.

-tu peux camper ici, mais ce soir il y a Barcelone – Manchester en champion’s league et ça passe a la télé. J’avais décidé de passer la soirée seul au calme. Il est déçu, mais il comprend. Il va terminet de labourer son champ et reviendra parler. Il revient cinq minute apres reste encore dix minutes à me poser des questions avec mon dictionnaire et à me répéter que je peux venir chez eux. Mais je m’entête… Mais qui suis-je pour refuser une telle offre d’un homme qui fait tant d’effort pour moi ? Cela fait déjà vingt minutes que son tracteur tourne et qu’il est assis dans l’herbe avec moi. Pour qui je me prends ? Je ne suis pas venu pour ça, rencontrer les gens ? suis-je trop égoïste pour ne pas partager mon bonheur et ne pas en donner aux autres ? Il fait coucou à une bergère. Elle s’appelle Biliana, c’est sa femme, elle fait paître ses moutons.  Ils ont cinquante-cinq ans et ont deux filles mariées de vingt-six et vingt-neuf ans qui habitent a stip.

J’arrête d’être égoïste et accepte enfin. Un immense sourire apparaît sur son visage, et sur le mien aussi. Il repart pour de bon, cette fois ci, finir son champ pendant que je range mes affaires. Dix minutes après je suis Biliana et ses moutons. Dimitar va bien plus vite avec son tracteur. On rentre dans la ferme par une grande cours fermée. Les six gros chiens mene la garde. Les moutons ne font pas les fiers. La taille des mâchoire est impressionnante. D’ailleurs, le velo n’est pas les amis des chiens et je me fait attaquer presque a chaque fois. Je sursaute presque tout le temps. Voir des bêtes me foncer dessus me donne quelques frissons. Il y a quatre pièces, trois en haut et une au rez-de-chaussée. En bas, une petite pièce contient la cuisine, les fourneaux et les provisions. En haut se trouve deux chambre et le salon. Ils me montrent une photo du petit bébé de leur fille. Ils en sont extrêmement fiers. Ils ont cinquante-cinq ans et deux filles mariées de vingt-six et vingt-neuf ans qui habitent a stip. Mariés a vingt et un an pour lui, et seize ans pour elle, ils vivent dans cette ferme depuis toujours. D’ailleurs Dimitar me paraît vraiment attentionné envers sa femme. Une demi-heure après, justement, leur fille arrive accompagnée de son beau-père. Son mari est soldat en Afghanistan. J’apprends aussi ce que contient la forteresse d’a coté. C’est la réserve de munition de l’armée macédonienne. J’ai bien fait de ne pas traîner dans le coin.

Biliana et sa fille sont réapparues apes être parti chercher à boire. Elles reviennent aussi avec du parfum. M’étant lavé la veille, ce ne doit pas être la saleté qui les pousse à m’offrir ce cadeau. La France a une image raffinée, ils ont dû penser que ça allait bien avec ma nationalité. Mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter tant de cadeaux ? Je ne m’y habitue pas, d’ailleurs je ne souhaite pas m’y habituer. Je n’ai rien fait pour, je ne fais que passer et donner un peu de mon temps. Mais je suis parti pour ça.

Il est 20h40, nous sommes prêts à attaquer le match. Le foot traverse les pays, les continents. Et la Macédoine fait partie de l’Europe du foot, alors forcément, ici, on s’intéresse. D’ailleurs les derniers résultats de l’équipe nationale, sans être brillants, sont en nette amélioration. C’est la présentation des équipes, nous passons en revue chaque joueur. Bon, pas bon, j’aime bien, j’aime pas. En Europe, chacun est sélectionneur de son équipe.

Un match de foot est un bon match de foot quand il y a des amis autour car on ne s’ennuie pas, sinon, c’est un peu plus difficile. Nous parlons plus que nous regardons. Son frère est arrivé. Il voulait me voir aussi.  À la mi-temps, le repas est prêt. C’est Biliana qui l’a préparé mais Dimitar l’a aidé, mis la table et fait une partie du travail. Nous mangeons du poulet et de la purée de pomme de terre. Je mange pour deux. Et on me ressert, ça tombe bien, j’avais faim. La deuxième mi-temps se déroule presque sans nous. Comme souvent le foot est un prétexte, soit pour se retrouver, soit pour faire la fête soit pour m’inviter à la maison. Dimitar a toujours mon guide de conversation à la main, apprenant certains mots, posant quelques questions. Le Macédonien n’est pas identique au croates, mais on arrive a se comprendre. Je fais aussi de gros effort pour parler, trouver mes mots et ça fatigue. À minuit, épuisé, je pars me coucher dans une chambre préparée pour moi, heureux.

Je me réveille tout seul a 7h30 alors que mes hôtes, sont déjà réveillés depuis six heures du matin. Ils n’ont pas osé m’appeler. Poules et poulets jacassent ensemble sous le regard des gardiens du domaine, les six canidés. Il y a comme une odeur de vacance à la ferme. Krivi Dol est idéalement situé, à la fois dans la nature et proche d’une grande ville. On peut même aller en tracteur au supermarché le plus proche à trois kilomètres d’ici… Je ne sais pas comment les remercier de cette générosité, de tous ces cadeaux. Je n’ai rien à donner. J’avais acheté des cartes postales avec des monuments français ainsi que des tours Eifel miniatures en France mais j’ai tout oublié lors du départ. Ils posent pour la photo. Je leur donne mon numéro et leur garanti que je les tiendrai au courant quand je passerai la frontière.

La Macédoine est un pays merveilleux pour les cyclistes. Les routes sont calmes, les paysages vallonnés, les cultures très différentes des notre et les habitants hospitalier et heureux de croiser des touristes. Ici, les terres sont majoritairement vierges, labourées par les paysans. Autrement, il y a du blé et d’autre cereales.

Le seul inconvénient dans mon cas, c’est la relative petite taille du pays 210 kilomètres de large sur 140 kilomètres de long et je n’ai que cent soixante-dix kilomètres à pédaler pour le traverser er arriver en Bulgarie. Alors j’essaye de prendre mon temps car je me sens bien dans ce pays.

Je pars de la ferme vers 9h30, sur un petit sentier a travers champs. Je décide de ne pas m’arrêter à Stip, à dix kilomètres de là, et file directement pour Strumica, trente kilomètre avant la frontière bulgare. J’ai envie de découvrir une dernière ville. Sur la route, je croise des petits tracteurs, ils transportent des ouvriers dans leur remorque. On dirait qu’ils ont les moteurs de tondeuses de jardin. Ça fait un de ces bruits…

C’est dans une ambiance de marché de rue que j’entre dans Strumica. Les voitures, charrettes, moto et vélo s’agglutinent aux abords du centre ville. J’adore les marchés mais celui que je visite est couvert. Il est dans une galerie d’un centre commercial. Le sol est propre. Les étalages sont rangés et rien ne dépasse. Mais dans la rue, c’est un autre refrain, celui du pauvre. C’est une brocante à ciel ouvert. Tout s’achète et tout se vend. Des soutiens-gorge blancs son disposés sur une nappe à même le sol. Ils côtoient tee-shirt, pantalon, jeans. Des babioles se vendent de tous les coté, des piles, des petites radios, des outils aussi. La ville est pleine de monde. Les cafés ne se trouvent pas au centre ville mais dans une rue pavée piétonne donnant sur un parc. Les habituelles ginguettes qui vendent des snacks sont présent. Je commande un hamburger frite, une habitude aussi dans ce pays et part me coucher.