Chapitre 4 : Un monde beau et moderne
Chap 1 : partir | Chap 2 : Vers les balkans | Chap 3 : Découvrir la Serbie | Chap 4 : Un monde beau et moderne | Chap 5 : En terre musulmane
Un monde beau et moderne
Je ne serais resté que trois jours dans ce pays, mais cela aura suffi pour me marquer au plus profond de moi. La gentillesse des gens, leur pauvreté aussi est touchante. Car il est l’heure de franchir une nouvelle frontière, celle de la Bulgarie, mais je n’ai prévu d’y rester que quelques heures, je n’y dormirais même pas. Ma tête est focalisée sur la mer grecque. Elle n’est plus très loin. Cent quatre-vingts kilomètres à peine. J’y serais sans doute après-demain. J’ai surtout envie de profiter de la mer avant d’attaquer le gros morceau turquie-Iran. Les trente derniers kilomètres en macédoine se font dans la joie totale. Je m’arrete a novo Konjarevo pour dépenser mes derniers denar. J’achète un bon pain à vingt-cinq Denar soit l’équivalent de quarante centime d’euros. Le gerant de l’épicerie m’offre un soda puisque je n’ai pas assez pour payer. Timor qui est assis sur un petit banc extérieur avec ses amis m’intercepte. Il me paye une autre bouteille et veut parler. Son fils aimerait bien aller en Europe et il croit que je peux l’aider. C’est toujours difficile dans ces situations de dire a quelqu’un qu’on ne peut rien faire même si on avait envie. Je ne connais pas les ambassadeurs, ni même le président de la république et quand bien même si je les connaissais, les formalités restent applicables. Ils m’avertissent du danger que représente les bulgares.
- Tu ne dois pas leur parler, ils sont dangereux. Ce n’est pas des bonnes personnes.
- Vous les connaissez, vous y êtes déjà allé ?
- Non, mais on sait.
Curieux de parler comme ça de son voisin quand le village que l’on habite se situe à trois kilomètre du poste de frontière. Mais tout le monde a peur de ce qu’il ne connaît pas…
Je n’ai même pas le temps de découvrir la Bulgarie. Je n’y passe que pendant cinquante kilomètres et croise uniquement la ville de petrich. C’est moins pauvre qu’en macédoine, mais on roule aussi sur des charrettes et des vieilles voitures pourries. Cela peut paraître bizarre, mais je n’ai même pas envie de m’arrêter une journée. De toute façon, cela me paraît bien trop court pour connaître le pays. Il faudrait que je change de l’argent, et prenne un hôtel. Pas cette fois ci…
Alors que la frontière macedo-bulgare avait été une formalité avec au maximum dix voiture en attente, ici c’est une autre histoire. Une longue file de voiture, des touristes, des Bulgares, des Grecs s’entassent sur des dizaines de files. On dirait un péage autoroutier à heure de grande influence. Une caméra filme le passage et quand elle me voit, me demande qui je suis. Je viens de France à vélo. Il ne semble pas y croire et n’y prête même pas attention. Ils ont sûrement loupé un reportage pour leur journal. Je ne suis pas a la recherche d’article sur moi, je ne dis rien et avance vers la Grèce.
La petite route de campagne qui menait a la frontière s’est transformée en une grande autoroute après le contrôle. Je suis en effet a la sortie d’une station de péage. Les moteurs vrombissent, les voitures accélèrent à toute allure et roulent à tombeau ouvert, et il n’y a pas de route secondaire. J’essaye bien de prendre un chemin sur la droite, mais il s’arrête deux cents mètres plus loin. Me voilà jeté dans le grand bain grec avec la peu au ventre. Ce n’est pas très glorieux de mourir sur une autoroute, à choisir, je préférerais une autre fin. Au lieu de cinquante kilomètres à l’heure réglementaire, on me double à cent trente. Je ferme les dents et Fonce.
Ouf, après dix kilomètres, c’est la fin de cette maudite portion. Je bifurque sur ma droite chercher un endroit pour planter ma tente. Les champs son rempli d’olivier. Je demande des renseignements dans un petit restaurant extérieur. Le patron me propose de dormir dans la salle intérieure. Son fils est au bar. J’accepte, car cela me permettra d’être avec de jeunes pour la soirée. Alexandros, le fils est accompagné par Suzana, elle est au Martini blanc. Giannos, a coté de moi, boit une bière Heineken. Quel changement ! Ce matin, j’étais avec des charrettes et des ânes et maintenant je suis dans la civilisation. Il n’y a que quelques kilomètres qui me séparent de ces deux mondes. C’est la magie surréaliste des voyages.
Katrine nous a rejoint à l’intérieur. Elle a dix-huit ans, un corps de rêve et s’habille comme une bimbo. Elle commence a jouer avec moi, je rentre dans le jeu. Les bières se vident. Giannos radote. « Homorphi, homorphi », très jolie, très jolie. Ces mots, il répète aux deux filles, mais il n’en aura aucune. Nous sommes vendredi, premier jour du week-end. Je suis fatigué, je les laisse entre eux. Suzana, avant de partir, prépare un repas. Du bœuf à la poele, des tomates et de la feta. Bienvenue en Grèce !
La nuit a été terrible. Le frigo de la cuisine faisait un bruit d’enfer, et j’ai dû m’éloigner au maximum de l’engin. Je n’ai pas beaucoup fermé l’œil. Aujourd’hui est un grand jour, je dois voir la mer. Ca va me faire un bien fou. Mais d’abord je dois traverser la grande ville de serres et acheter une carte routière. C’est l’inconvénient de voyager en vélo. Comme je préfère voyager léger, je ne peux pas emporter toutes les cartes. Je dois les acheter au fur et à mesure. Et depuis hier, je suis sans repères. Un panneau indique l’office de tourisme, mais le trouver est une autre histoire. Je passe vingt minutes à chercher, mais c’est peine perdu. Je mange un sandwich attablé en extérieur en regardant ce nouveau monde dans lequel j’évolue. Cela me fait un sacré choc après les Balkans. La Grèce est un pays riche et ça se voit. Les boutiques chics, les restaurants cosys, les voitures allemandes… Tous les signes d’un pays riche sont présents. Et personne ne fait attention à moi…
Les bienfaits de la carte sont simples, ils me permettent de demander la direction de mon choix. En sortant de cette ville, c’est skoopos. Cela m’évite qu’on m’indique l’autoroute comme tout citoyen normal prendrait d’habitude. C’est la route la plus rapide, et c’est tout droit. Mais pour moi, c’est la pire des routes. Il y a du trafic, rien à voir, personne a qui parler. Il n’y a pas de vie. C’est bien pour aller d’un point A vers un point B le plus rapidement possible mais cela s’arrête la. Je préfère prendre le temps de regarder les bergers mener leur troupeau de chèvres, rentrer dans un village traditionnel aux maisons bleues et blanches et me faire attaquer par les chiens. Je pédale de plus en plus vite au fur et à mesure que la nuit approche. Ma carte m’as mis sur le mauvais chemin, sur une route qui n’existait pas. Je commence à penser que certains cartographes rêvent la nuit puis dessinent leurs cartes au petit matin. Je dois faire demi-tour monter et monter une côte. En son sommet, la cote se dévoile de tout son long. Malheureusement, je vois plus une grande zone industrielle qu’un décors de carte postale. Mais je ne vais pas me laisser décourager pour autant. Je pédale loin de cette zone et vers six heures, après cent vingt kilomètres éprouvant, j’arrive à Ofyniou, une petite station balnéaire touristique. Ce sont des riches habitants de serres qui viennent ici. Je vais au camping. Il a l’air a l’abandon, rempli de vieilles caravanes. Un homme arrive. Nikos m’indique qu’il est fermé, mais c’est lui qui as les clefs et je peux m’installer. Des familles vivent ici toute l’année, d’autres viennent pour les congés ou les vacances. Pour la première fois depuis le début du voyage, j’entends ce doux bruit des vagues s’échouant sur la plage. Des pécheurs amateurs tentent de se constituer leur repas du soir. Sans succès.
J’avais prévu un jour de repos au bord de la plage. Je me réjouissais d’avance. Mais il était écrit que je n’aurais pas de chance. Déjà cette nuit, il a plu et la météo est toujours en colère. Je ne profiterai donc pas de ce jour de repos. Pourtant, ca fait longtemps que je l’attendais, que je roulais pour ça. Mais non, les dieux grecs en ont voulu autrement pour ce sixième dimanche de Pacques…
La route de Kavala est sublime. Le long de la cote, les petits villages authentiques aux maisons blanches se succèdent alors que su ma gauche, s’élève la montagne, peuplée de milliers de petits arbustes séchés sous le soleil. Quel univers formidable pour pédaler ! La forêt dégage une odeur de vacance, mélangeant des arômes d’oliviers, de pain et de feuilles mortes. Les bateaux sont amarrés sur la plage. Je m’imagine les familles dégustant des tomates aux olives et a la feta, du tzatziki ou du Tarama s’étalant sur du pain frais. Mes papilles frissonnent, mon ventre gargouille. Cela fait soixante-quinze kilomètres que je roule ce matin et je ne les ai pas vu passer, j’ai l’impression d’être parti il y a une heure. En arrivant sur Kavala apres cent kilomètres de route, l’orage guette. Il faut que je me mette à l’abri. Mais je m’y prends trop tard. Elle me tombe dessus, je suis trempé. Je trouve un petit coin à côté de la mer pour me réfugier et me sécher. J’y plante ma tente pour le reste de l’après-midi et je lis mon livre avant de m’endormir sur le son des vagues dans ce camping vide.
La cote maritime que je longe est très changeante. Par endroits, pure et magnifique comme dans un décors de carte postale, elle laisse parfois la place à des grandes aires industrielles. Je suis obligé de couper par les grandes routes, prendre ces ponts et ces tunnels rempli de voitures lancées à toute vitesse. Je n’ai pas vraiment le choix, alors je regarde ma carte pour échafauder de plans sur les prochaines sections.
Xanthi est sur la route, tout droit, il me serait facile d’y passer, mais les routes du bord de mer aimantent mes roues. Je me retrouve vite perdu au milieu de champs. A porto Lagos, un bras de terre entre le lac « limni vistonida » et la mer au sud, je commence à perdre mon chemin. Les alentours sont marécageux et et a mon grand regret, je ne vois pas la mer. Je ne m’arrêterai, une fois de plus, que quand je l’aurai sous mes yeux. Les cartes sont toujours bien faites, le tracé toujours propre. Mais le vérifier dans la réalité c’est une autre chose. Ma carte qui m’indiquait une belle route jusqu’à Pagouria puis Imeros a vu trop beau. Dans un village, un gros Grec me stop dans mes illusions. La rivière m’empêchera de passer par la route. Une vieille dame confirme. Elle déborde et il y a de l’eau jusqu’à la taille. Je dois rejoindre Mavrommati et voir ensuite. Dans le petit village qui ne représente guère plus que cinq ou six fermes, les enfants sur leurs petits vélos me roulent après. La Grèce touristique n’a pas fait son apparition ici. On travaille les champs et les outillages dans la rudesse et la pauvreté. La route en terre est sèche comme du caillou, les champs aussi, mais le canal permet de les alimenter en eaux. Dans le village, la route s’arrête, les gamins sont après moi, ils m’entourent, me parlent tous ensemble, me harcèlent. Je ne leur dis bonjour, puis les ignore. Ils m’agacent car je suis perdu et que personne ne semble pouvoir m’aider. Je rentre dans une ferme et des adultes forgeant l’acier s’arrêtent de travailler, éloignent le enfants et m’indiquent le chemin, la même direction que les doigts tendus par les enfants. Je me sens légèrement ridicule… Je dois prendre le chemin de terre le long du canal. J’ai l’impression d’être au milieu de nulle part. Je trouve toujours bizarres toutes ces routes qui s’arrêtent d’un coup ans crier gare pour laisser la place à des chemins pour tracteurs défoncés. La dizaine d’enfants toujours accrochés à mon vélo me demande dans un Anglais hésitant :
- What is your name ?
- Bastien
Dès qu’ils ont appris mon prénom, ils font demi-tour et rentrent au village. Et moi qui les avais presque ignorés. Quel con je suis ! « Ça va prendre du temps pour changer » je me dis dans ma petite caboche…
Et la route était comme prévu. Après trois kilomètres, je tourne à gauche et prend le pont. Au pif, je décide de prendre encore sur la gauche et reviens sur mes pas mais de l’autre côté du canal. Soudain, un village apparaît. Je coupe à travers champs et rejoins Xilagani. De là, la route reparaît. Je n’arriverai jamais à savoir où je l’ai perdu et où passent les voitures.
A Maromia, ma carte indique un chemin longeant la mer non goudronné. Le paysage a changé du tout au tout avec la veille, c’est un terrain pentu, aride aux champs d’herbes séchés par le soleil et parsemé d’olivier. La route cailloutée va de gauche à droite et monte et descend selon sa volonté. La mer bleutée jaillie sous mes yeux a chaque virage à tribord. Elle me rend tellement plus que la difficulté de la route. J’ouvre grand mes yeux pour ne rien perdre de ce spectacle majestueux. Je passe un chantier archéologique où l’on s’active aux fouilles… Six chiens viennent me renifler. Un troupeau n’est pas loin. Christos, le berger de plusieurs centaines de chèvres, s’arrête auprès de moi dans son 4×4. Je me trouve entre les chèvres, la mer, des ruines de la Grèce antique, les oliviers et les bruits des cigales… Je ne peux rêver meilleur terrain de jeu. On ne parle pas le même langage, mais le courant passe immédiatement comme par magie. Je lui dis que je vais faire une pause ravitaillement. Je m’assieds face à la mer, sort le tarama, le tzatziki, et un morceau de pain. Il part dans sa voiture et
Reviens avec des olives noires, du saucisson et des tomates. Nous nous faisons un festin au paradis. Il n’a même pas besoin de surveiller les bêtes, les six gros chiens le font pour lui, et les chèvres n’ont pas intérêt à leurs désobéir, elle y laisserait leur pelage. J’ai d‘ailleurs failli y laisser un mollet… Nous jouons un ballet muet dans ce théâtre en plein air. Puis nous saluons la foule et repartons de notre côté…
Je pousse mon vélo sur quelques sections trop escarpé dans une montée, des bâtiments en ruine sur ma droite. Quand je bascule en haut de la côte, j’ai toute la mer qui s’étale devant moi. Je savoure les lacets de la descente les yeux écarquillés de bonheur.
Finalement le rêve prend fin, j’arrive au village de Sappes, cinq maisons le long de la plage, un autre paradis. Je fais une pause sur la plage pour reprendre des forces. Au loin, un pécheur répart un moteur. Il me fait signe. Il s’appelle Christos, il a 71 ans mais en paraît quinze de moins. Il parle allemand. Curieux tous ces habitants de la région qui parlent la langue de Goethe. Les anciens parlent allemand, les jeunes Anglais. L’ordre normal des choses. Il inspecte mes mollets, mais semble déçu. Je touche les siens, ils sont plus musclés. Comment expliqué qu’on ne pédale pas avec les mollets mais avec les jambes. D’ailleurs les cyclistes du tour de France ont les mollets fin comme les pattes d’un moineau. Les idées reçues ont la dent dure. Il compte poser des filets de pêche ce soir. Demain, c’est le premier mai et il doit être prêt à accueillir la famille entière. C’est le premier mai, la fête du travail, des fleurs et le début de l’été. Un grand jour en Grèce.
Comme mes connaissances en mécaniques sont aussi élevées que mon niveau en grec, je lui fais la causette pendant qu’il répare le moteur. Il ne s’agit pas d’un moteur de bateau mais de la machine devant les tirer sur la plage. C’est la première fois depuis la fin de l’été dernier qu’il va servir, et il est un peu rouillé. La bougie est foutue, le moteur noyé. On démonte le vieux moteur tout rouillé. On souffle dedans pour le sécher. On ressoufle… Puis petit à petit dans un halement, un gémissement, la bête se remet à fonctionner. Et se meurt de nouveau. Nous aviserons plus tard. Car pour le moment, on met deux steak au barbecue devant sa maison. C’est une résidence d’été. Il y vient à partir du premier mai jusqu’à fin septembre. C’est un petit bungalow avec dux piece séparé. Il a aussi fabriqué une grande table en verre et un para-sol fixe en bois.
Vers deux heure de l’après-midi, son ami Hassan arrive. J’ai l’impression de quelqu’un qui a vieilli un peu vite, faible mais je n’arrive pas a lui donné d’age. Ça tombe mal car Christos me demande de deviner.
- « Soixante ans » en pensant soixante-dix.
- « Non, il a quatre-vingt-un ans. Et il boit tous les jours, ça le conserve »
Il fait en fait soixante-dix ans, mais il a les capacités physiques d’un homme de cinquante ans. J’ai en face de moi, deux très jeunes vieux. Après avoir bu son raki, l’ouzo grec, Hassan m’aide à préparer les filets de pêche. Chaque filet pèse vingt kilos et il les prend à bout de bras sans effort. On les dépose au milieu et on vérifie que les filets ne soit pas emmêlés.
Vers quatre heure trente de l’après-midi, nous levons l’ancre et partons poser les filets. C’est la première fois que je pêche au filet. On fait glisser le filet tout en avançant puis à chaque extrémité, on pose un flotteur et un lest pour étendre les filets sur toute leur surface et pour marquer leur présence. Après trois heures au large, nous sortons de l’eau et rangeons le matériel pour demain. Avec mes deux papi, nous tirons le bateau pour le sortir de la mer en le faisant rouler sur des rondins. Ils ont une force phénoménales pour leur age. J’avais rarement déjà-vu chose pareil. Mais, hassan, pas fatigué pour autant, veux repartir sur son petit bateau et son moteur a moitié casé. La courroie pour démarrer ne tient plus en place. Au bout de dix minutes à tirer sur la corde, le moteur démarre. Il réaparait fièrement sur la plage avec un gros poulpe qu’on fera griller. Même si je ne trouve pas cela délicieux au premier abord, c’est plein de phosphore, et c’est bon pour les yeux.
- « Pourquoi crois-tu que l’on n’a pas de lunettes ? On mange ce qui est bon pour notre santé, et on connaît les propriétés des produits. »
Je comprends maintenant pourquoi le régime grec est tant connu. Hassan quant à lui, applique sa propre méthode, un litre journalier de raki, du poisson et des légumes. Il est onze heure du soir et nous avons rendez-vous à six heure trente pour ramasser les filets.
Le lendemain matin, on me réveille aux aurores. Il ne faut pas traîner car la famille arrive pour le déjeuner. Il fait déjà un beau ciel bleu quand nous embarquons. Comme la veille, Hassan est à l’avant du bateau, dans un petit trou pour mettre les pieds, Christos à l’arrière et j’aide au milieu. La prise est maigre en poisson, mais les poulpes et les calamars sont nombreux. Christos tues les poulpes avec un coup de burin sur la tête, elles secrètent alors une substance noire et visqueuse qui se répand partout dans le bateau. Nous rapportons deux gros sceaux de poulpes et un petit de vrais poissons. Vers dix heures, nous sommes enfin de retour. Les papis me laissent rentrer les filets dans la maison. Mouillés, ils pèsent une tonne, je les mets deux par deux dans la brouette et fais les allers-retours. La plupart sont neuf et il est hors de question de les laisser sur la plage, les voleurs sont vites arrivés, même si je n’ai vu que trois ou quatre personnes en une journée.
La famille vient d’arriver, nous sommes une quinzaine à présent. Les salades remplissent la table, Salade grecque, olive, concombre, feta, herbes crues, grillades, salades de pommes de terre, tzatziki et le très attendu poisson grillé. Le vin rouge assaisonne le tout. Les femmes présentes sont bien portantes, car en Grèce, on dit qu’il vaut « mieux mourir en ayant bien mangé » Sous un soleil de plomb, le vin fait son effet et on est pas avare sur la marchandise, on ressert des que possible. Les femmes commencent à danser autour de la table sur de la musique traditionnelle et à chanter…
Il est déjà trois heures passé et j’avais prévu de partir pour la Turquie à soixante-dix kilomètres d’ici. Je fais mes adieux à Christos et Hassan qui m’aide à pousser le vélo et me tend une poigné de main d’homme fort…J’en ai fini avec la Grèce, il ne me reste plus que quelques kilomètres à parcourir et je quitterai ce magnifique pays. Ses habitants ont bien de la chance d’être né ici. Je n’y suis resté qu’une semaine, j’ai apprécié cette tranquillité, cette propreté, cette mer d’un bleu unique, cette gentillesse, cette nature flamboyante et la nourriture aussi varié que délicieuse.

